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Interview de M. Mamadou TIOTE

Directeur de la plateforme des transformateurs d'anacarde à Bouaké

RONGEAD : Quels sont les principes du modèle intégré de décorticage de noix de cajou, celui de Bandama Cajou, en partenariat avec OLAM ?

  • Mamadou TIOTE : Bandama Cajou, devenue aujourd’hui une société commerciale, est en charge de réaliser la commercialisation en commun d’amande de cajou de 4 entités de nature différentes (2 ONG et 2 coopératives) qui décortiquent. Les expériences de chacun ont permis de créer un plus, surtout pour des structures dont les finances sont assez réduites. Dans ce cas, le modèle intégré est idéal. En général les sociétés procèdent à l’inverse, c’est à dire qu’elles créent une structure assez importante puis ensuite délèguent une part des activités à de petites unités satellites à but social. Nous, nous avons fait le contraire, en mettant en commun des initiatives locales qui créent de l’emploi. Cependant plusieurs conditions sont nécessaires au maintien de ce système. Premièrement, il s’agit d’obtenir le marché, s’il n’y a pas de possibilités de vendre, la structure n’est pas viable. Deuxièmement, avec le partenariat OLAM, c’est une alternative acceptable dès lors que chacune des parties prenantes joue son jeu. C’est à dire que d’un côté, Bandama Cajou respecte ses engagements, les délais, la livraison et la qualité, et de l’autre côté, OLAM assure la qualité de la noix brute et les paiements. Dès lors que ces conditions sont respectées, cette alternative est acceptable et elle peut être un tremplin pour affronter de plus grand défis, en particulier le marché international.

R : Quels sont les avantages et les inconvénients d’un tel système ?

  • MT : Tout d’abord, le partenariat avec OLAM nous insère dans un environnement rigoureux et nécessite une qualité bien maîtrisée. L’inconvénient, c’est que n’étant pas propriétaire de la matière première, Bandama Cajou est à la merci des desiderata de fournisseur OLAM, qui peut jouer sur la qualité. Ainsi la plateforme est dépendante d’un seul opérateur, qui plus est, a le rôle de fournisseur (noix brutes) et de client (amandes). Donc, s’il n’est pas de bonne foi, il peut facilement nous gruger.

R : Et les autres modèles le GIE (groupement d’intérêt économique) et la coopérative exportatrice ?

  • MT : Ils peuvent vivre mais ne sont pas rentables économiquement. Il faut collecter environ 1000 tonnes pour qu’une unité soit rentable (2000 ha). Or, la coopérative exportatrice collecte seulement les produits de ses membres et elle a du mal à faire 1000 tonnes, les producteurs cédant aux plus offrants et à ceux qui paient directement. La plateforme Bandama Cajou a collecté en 2009, 100 tonnes, en avançant l’argent aux producteurs pour garantir l’approvisionnement. Le GIE, c’est un peu les mêmes contraintes, à part que les personnes n’adoptent pas la forme coopérative. Le seul but est de commercialiser ensemble, mais chacun se débrouille pour collecter. Ils partagent seulement un intérêt pour vendre et ont encore plus de difficultés à collecter que la coopérative exportatrice. C’est une structure qui ne présente que peu d’intérêt.

R : Et les appuis de RONGEAD ?

  • MT : En 2008, l’apport de matériel pour décortiquer a été très bénéfique, il a permit d’essayer, de comprendre et d’apprécier la transformation. En 2009, l’apport des machines sous-vide a été très intéressant ainsi que l’accompagnement au renforcement de nos capacités. En 2010 les formations sur la transformation ont permis d’acquérir un meilleur savoir-faire et d’améliorer la qualité. Cependant, Bandama Cajou n’a eu qu’un essai de commercialisation à l’international et il n’a pas été finalisé, alors qu’on auraient aimé accéder à ce marché. Mais désormais, on connaît bien les contraintes et on sait comment les surmonter ! Nous aurions aussi souhaité être plus impliqué dans le cadre du projet d’information sur les prix, car cela nous est également très utile que ce soit pour planifier nos achats ou même anticiper les prix de l’amande.
 
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